La France parmi les pays qui quittent les Jeux européens sans quota olympique

28 juin 2019
Minsk, Belarus
Les archers européens auront encore deux occasions de se qualifier pour Tokyo 2020.

L’un des plus importants pays du tir à l’arc sur le continent a quitté les Jeux européens de Minsk 2019 sans la moindre place qualificative pour les Jeux Olympiques de Tokyo qui se dérouleront l’année prochaine.

La France est pourtant troisième au tableau des médailles de tous les temps des compétitions de tir à l’arc aux Jeux Olympiques avec 25 au total, juste derrière les États-Unis et la Corée. Au moins un archer français a participé à chaque édition des Jeux depuis 1984.

Les archers français a pourtant remporté une impressionnante victoire dans la compétition par équipes en arc classique à Minsk, mais seules les épreuves individuelles et du double mixte offraient des places olympiques.

Pierre Plihon avait pourtant terminé deuxième des qualifications. Mais il a ensuite été l’auteur d’un match désastreux face au héros local Pavel Dalidovich, s’inclinant 6-4 au premier tour.

“[Pierre] était vraiment énervé, car c’était un match serré. Quand je l’ai vu, je l’ai serré dans mes bras et lui ai dit, ‘Bonne chance pour le prochain’,” a expliqué Audrey Adiceom. “En double mixte,  il a aussi été là pour moi après. Il m’a dit: ‘Je sais que tu peux être triste, mais je suis là si tu as besoin de moi’.”

“Je pense que c’est vraiment beau car le tir à l’arc est un sport individuel. Mais c’est plus que cela. C’est cool, c’est génial, je veux réussir une belle carrière, mais maintenant j’ai aussi de très bons amis. Ils me soutiennent et je veux aussi les soutenir.”

L’archère de vingt-deux ans était la seule représentante française chez les femmes en arc classique lors de ces Jeux européens.

Elle avait pour mission de gagner un quota individuel, ou en tant que membre de l’équipe mixte. Une performance frustrante en double l’a vue manquer la cible sur un tir, alors qu’en individuel elle a terminé neuvième d’une épreuve dans laquelle il n’y avait qu’une seule place olympique à prendre.

“Je voulais rester concentrée sur chaque flèche, même si je tremblais. Avec toute la détermination que je pouvais avoir,” a dit la Française. Audrey s’est inclinée au troisième tour face à la future gagnante, l’Italienne Tatiana Andreoli.

“Nous devons penser aux Jeux Olympiques, clairement. Mais lorsque vous avez votre objectif, vous vous concentrez sur la manière de le réaliser. Le double mixte, je pense que c’est dix minutes de ma vie que je vais devoir oublier,” said Adiceom.

“Je voulais dire quelque chose, mais je ne sais pas ce qui s’est passé. C’est dix minutes de ma vie où j’ai vraiment été mauvaise, mais ça ne veut pas dire que je suis une mauvaise archère.”

Le dernier Français encore en course dans le tableau était le médaillé d’argent des derniers Jeux Olympiques, Jean-Charles Valladont. Ce n’est que depuis récemment qu’il est vraiment remis d’une blessure à l’épaule qui l’a mis à l’écart de l’élite internationale après des saisons 2016 et 2017 spectaculaires.

Dans des conditions difficiles et pluvieuses, Valladont s’est incliné face à Mauro Nespoli. L’Italien allait ensuite remporter l’épreuve.

Alors que les standards de compétition ne cessent d’augmenter à travers le monde, une place olympique ne peut jamais être tenue pour acquise, peu importe le palmarès d’un archer ou d’une équipe aux Jeux. Mais le fait de n’avoir pas réussi à remporter les quotas d’équipes lors des Championnats du Monde Hyundai de tir à l’arc 2019 a été considéré comme un désastre pour l’équipe de France.

“Vous savez il y a quelque chose qu’on dit en France. Le mot ‘cheh’. C’est ce que je dis de la semaine dernière,” a déclaré Adiceom. (Cela se traduit en gros comme un ’oh, bien joué’ très sarcastique.)

Plusieurs autres équipes de haut niveau en arc classique, notamment la Turquie, n’ont également pas encore gagné de place pour Tokyo.

Á Minsk, Mete Gazoz est resté très discret sur cette situation.

“«Il n’y a pas grand chose à dire. On n’a pas bien tiré et on a perdu,” a-t-il dit, après avoir échoué à entrer dans les huit meilleurs et perdu toute chance de remporter un quota olympique. “Je vais essayer de travailler plus dur que cette année et je vais me concentrer pour décrocher une médaille aux Jeux Olympiques.”

La prochaine chance pour les archers européens de se qualifier pour les Jeux Olympiques ce sera sur sol turc justement, à l’occasion des Championnats d’Europe en 2020 à Antalya, où quatre places seront à prendre chez les hommes et quatre chez les femmes.

Ensuite, il ne restera que le tournoi final de qualification, qui se déroulera lors de la troisième étape de la Coupe du Monde Hyundai de tir à l’arc 2020 à Berlin, en Allemagne. Cet événement attribuera des quotas à trois équipes de chaque sexe, ainsi qu’à au moins un individuel.

Adiceom était lyrique à propos de la situation:

“J’ai l’analogie parfaite. Je pense que c’est comme quand tu es dans une pizzeria et que tu as vraiment faim. Tu savais exactement ce que tu voulais. Tu pensais que ce serait tellement bien. Et puis tu la vois, voilà la pizza. Tu la vois. Elle est chaude, elle est belle. Mais elle est pour la table à côté de toi,” dit-elle.

“C’est la même chose pour moi. Nous étions quatre [archers] pour trois places à Den Bosch, et j’ai pensé que cela pourrait être pour moi. Je pense vraiment que j’ai fait de mon mieux lors des deux matches. Mais c’est comme cette pizza. Cela aurait été vraiment bien de l’avoir la semaine dernière.”

Adiceom était l’une des quatre athlètes à pouvoir décrocher l’une des trois places féminines dans le tournoi secondaire aux Championnats du Monde Hyundai de tir à l’arc 2019. C’est la Danoise Maja Jager, la Suédoise Christine Bjerendal et la Mexicaine Alejandra Valencia ont obtenu chacune un quota. Audrey a manqué le coche.

“On est tous ici à se préparer pour les Jeux Olympiques et ce n’est qu’une question de temps,” a-t-elle ajouté. “Je sais que j’y serai. Je dois juste attendre ma pizza.”

Les compétitions de tir à l’arc des Jeux européens 2019 se sont déroulées du 21 au 27 juin à Minsk, au Bélarus.